Au fond j'aimais bien, quand Paris n'était que cette immense ville, magnifique et féérique, où je rendais visite à celle qui m'avait laissé tomber. Quand Paris ne représentait que ces longues rues aux larges trottoirs où je déambulais sans but précis, juste pour découvrir, en attendant de retrouver ma grande s½ur au Starbucks de la Rue St Dominique. Paris n'était qu'un rêve, un joli rêve auquel je m'adonnais parfois, lorsque j'étouffais dans ma province. Un rêve que je touchais du bout des doigts en posant un pied hors du train sur les quais de la Gare Montparnasse. Un rêve que je vivais pleinement en montant les 2 étages du 24 rue de l'Exposition. Un rêve que j'adorais quand je décomptais les 306 pas qui me séparaient du Champ de Mars.
Un rêve enfin, que je quittais pour mieux me réveiller, de retour sur ce fameux quai de la gare. C'était bien, c'était facile, c'était doux.
Oh, j'aime toujours Paris, ne vous en inquiétez pas. Mais voilà, Paris a perdu de sa féérie. Un peu, en tout cas. Retour à la réalité. Paris reste Paris, les trottoirs sont toujours larges, les gens dans le métro ont toujours l'air hautains et aigris, le Starbucks est toujours à sa place Rue St Dominique, et les immeubles Haussmanniens n'ont pas bougé. Oui mais voilà, pour quelques semaines au moins, Paris n'est plus un rêve, c'est mon quotidien. Je le vis chaque jour, et chaque jour j'aime sortir du métro et renifler l'agitation ambiante, sentir l'énergie et toucher la pollution. Je passe ma journée dans l'un de ces somptueux immeubles du centre ville, un immeuble construit par le si célèbre Gustave Eiffel. Je lève les yeux et j'ai une portion de la ville sous mon nez. Je passe la porte cochère et j'ai l'un de ces cafés si typiques à 10m de moi. Je marche un peu et, Rue des Petits Carreaux, les gens marchent hâtivement, même s'ils ne sont pas pressés. Parce que c'est ça Paris. En toute circonstance, à tout moment, les gens marchent vite, les voitures klaxonnent, les scooters doublent plus vite que leurs ombres, et il fait 30°C dans le métro. A Rennes, les gens bloquent les escalators du métro empêchant les autres d'avancer, et les mamies marchent à 0,5km/h et vous n'osez pas les doubler. A Paris si vous bloquez les escalators, on vous piétine sans scrupule, et les mamies n'osent pas sortir de leurs appartements.
Ce n'est peut-être pas plus mal, que la féérie de Paris s'estompe. C'est encore mieux : Paris n'est pas seulement un rêve. Paris est vraie. Cesse de rêver, petite fille gâtée. Pour être à Paris, pas besoin de rêver. Il suffit de vivre. Regarde autour de toi, petite provinciale choyée. Tu as les pieds dessus, ne bouge plus, tu y es. Alors profite. Plus de questions à se poser. Tu es en plein dans la réalité. Et c'est encore mieux qu'en rêve !